Biographie du parrain de la 65e promotion EMIA, baptisée le 25 juillet 2026           
      Promotion E.M.I.A.  N° 65  “ Lieutenant-colonel COLONNA D'ORNANO ”   2025 - 2027
Jean Colonna d’Ornano, parrain de la 65e promotion de l’École militaire interarmes.

Né le 5 avril 1895 à Alger, Jean Colonna d’Ornano s’engage le 24 septembre 1914 au 1er Spahis à Médéa. Il passe bientôt comme sergent au 6e Bataillon de Tirailleurs Sénégalais à Blida avec lequel il entre en guerre.

Deux citations lui sont décernées en octobre 1916 et avril 1917. Nommé sous-lieutenant en mars 1918, il est encore cité deux fois en juin et octobre de la même année. La guerre terminée, il part pour la Syrie où il se distingue à nouveau.

Sa carrière se poursuit ensuite au Sénégal, en Mauritanie, au Sahara et au Soudan. De 1932 à 1936, il sert au Maroc comme officier des affaires indigènes et surtout commandant d’une « harka » de partisans auxquels il s’impose par sa vigueur physique, son verbe, son allant et sa magnifique tenue au feu.

En mars 1938, chef de bataillon, le commandement du cercle de Borkou-Ennedi-Tibesti lui est confié. C’est en Afrique équatoriale que la guerre le surprend.

Dès l’armistice de juin 1940, le commandant d’Ornano rallie la France Libre, entraînant avec lui de nombreux officiers et soldats qui lui accordent leur confiance et leur estime. Le 18 août 1940, il « déserte » et rejoint le colonel de Larminat à Léopoldville avant de gagner Fort-Lamy et de participer au ralliement du Tchad à la France Libre, le 26 août.

 

Insigne de la promotion Lieutenant-colonel Colonna d’Ornano. Écu d’azur chargé en pointe de dunes d’or ; accompagné en chef, à dextre, de l’écusson du Long Range Desert Group (LRDG) et d’une croix du Sud mouvante de la lame ; à senestre, d’un burnous de méhariste chargé d’une croix de Lorraine de gueules, accompagné en chef d’une étoile d’officier de la Légion d’honneur et, en pointe, de l’inscription « MOURZOUK » et du millésime « 1941 » en lettres d’or ; le tout soutenu du bras d’une ancre de marine d’or.
Le tout broché d’une épée haute en pal, lame chargée du grade et du nom « LCL COLONNA D’ORNANO » en lettres capitales de sable.
Promu lieutenant-colonel, il devient à Fort-Lamy l’adjoint du colonel Marchand, commandant du Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Tchad.

Aussitôt, il apporte au colonel Leclerc son entier concours et toute son expérience de saharien avisé. Dès le 2 janvier 1941, il donne ses instructions pour l’attaque de Mourzouk.

Il revendique et obtient l’honneur d’être le premier à attaquer l’ennemi italien. C'est au cours de ce combat que Jean Colonna d’Ornano trouve une fin glorieuse le 11 janvier 1941.

Sa dépouille, d’abord ramenée à Alger, est ensuite transférée en Corse où elle est inhumée à Ajaccio.


Rédaction et droits : © Académie Militaire Saint-Cyr Coëtquidan 2026

Ci-dessous : Retranscription du document audio-video, lu et enregistré le 25 juillet 2026, lors des cérémonies nocturnes du Triomphe.
NB : Cette retranscription comporte deux courts passages inintelligibles et signalés dans ce texte très intéressant.

L’originalité de ce texte réside dans la narration, à la première personne, de la carrière militaire du parrain de la promotion.

Je suis le lieutenant-colonel Jean COLONNA D’ORNANO !

Je suis né le 5 avril 1895 à Alger dans une famille Corse profondément attachée au service de la France. Lorsque l’Europe s’embrase en 1914, je m’engage sans hésiter au 1er régiment de spahis à Medeah avant de rejoindre le 6e bataillon de tirailleurs sénégalais et le front en France où je suis rapidement promu sergent. Sur le champ de bataille, j’apprends ce que signifie le courage, le sacrifice et le commandement.
Aux côtés de mes frères d’armes Africains, je reçois alors mes premières citations en octobre 1916 puis en avril 1917. Nommé sous-lieutenant en mars 1918, je suis à nouveau cité en juin et octobre de cette même année pour mes actions à la tête de ma section. Mes chefs saluent mon ascendant sur mes hommes, mon sang froid sous le feu et mon allant au combat.
Le 29 décembre 1922, à l’issue de la grande guerre, je suis nommé chevalier de la légion d’honneur. Durant l’entre deux guerres, je poursuis ma carrière au sein des troupes coloniales. Je suis de nouveau au feu en Syrie avant d’exercer la fonction d’administrateur au Sénégal, en Mauritanie, au Soudan Français et au Sahara.
Dans tous ces territoires, j’allie à un sens du commandement affirmé, l’intelligence des situations locales et la rigueur administrative.
De 1932 à 1936, je suis capitaine et officier des affaires indigènes au Maroc. J’y commande une Harka dans le cadre de la pacification de la région. J’obtiens de nouvelles citations à l’ordre de l’Armée. Ces longues campagnes sous le soleil brûlant du Sahara forgent mon expérience du désert et du commandement.
En 1937, je suis fait officier de la Légion d’honneur. L’année suivante, je prends la tête du cercle de Borkou-Ennedi-Tibesti au Nord du Tchad. Lors de la débâcle de juin 1940, je suis à Brazaville au Congo, loin de la France envahie. Refusant les défaites, je retourne alors à N’Djamena et le 18 août 1940, fidèle à mes convictions, je rejoins la France libre et participe au ralliement du Tchad, l’un des premiers territoire de l’empire pour répondre à l’appel du général de Gaulle.

Promu Lieutenant-colonel, je deviens l’adjoint du colonel Marchand commandant le régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad. Puis en décembre 1940, celui du colonel Leclerc. Je mets alors toute mon expérience du désert au service des premières offensives contre les forces Italiennes du Fezzan. Avec une poignée d’officiers et de soldats, nous écrivons les premières pages de l’épopée qui donnera naissance au Régiment de Marche du Tchad et à sa glorieuse histoire au sein de la deuxième armée.
Le 11 janvier 1941, je suis intégré avec neuf officiers Français au Long Range Desert Group Britannique. Nous menons un raid dans la profondeur du dispositif Italien ; objectif l’aérodrome de Mourzouk. Afin de jeter les (inintelligible) italiens et de recueillir du renseignement.
Avec une audace qui fait revivre les grandes heures (inintelligible), nous fondons sur l’ennemi. La surprise que nous provoquons compense notre faible effectif. Alors que nous convoyons nos premiers prisonniers, je suis brutalement fauché par une rafale de mitrailleuse italienne. Je tombe mais le but est atteint. Le hangar d’aviation et trois avions sont détruits. Le dispositif adverse est désorganisé.
En signe de respect pour un officier tombé au combat, les autorités italiennes transfèrent ensuite ma dépouille dans le cimetière militaire de Mourzouk. Le 11 janvier 1943, 2 ans jour pour jour après ma mort, les troupes du général Leclerc reviennent à Mourzouk. Elles rendent les honneurs devant ma tombe et y déposent une croix de lorraine fleurie. Témoignage de la fidélité de la France Libre à l’un des premiers héros tombés au combat. En 1956 je retrouve enfin la Corse où je repose aujourd’hui dans la chapelle familiale d’Ajaccio.

Lorsqu’il me fit compagnon de la libération, le général de Gaulle eut pour moi ces mots : Ne s’est jamais incliné devant la capitulation de nos armées. Tombé le premier en entraînant ses troupes à l’attaque avec une magnifique grâce.
Jeunes cadets le l’école militaire interarmes puisse cet héritage vous guider dans votre engagement d’officier au service de la France. Ne courbez jamais la tête dans l’adversité et là où le devoir vous appelle, soyez toujours en tête.