Biographie du parrain, lue lors du baptême de la promotion le mercredi 22 juillet 2020        
      Promotion E.M.I.A.  N° 59  “ ARMÉE DES ALPES ”   2019 - 2021
Depuis toujours, mes vallées verdoyantes et mes cimes enneigées fascinent et inquiètent. A la fois rempart protecteur et obstacle gigantesque, j’incarne la beauté naturelle.

On ne me vainc qu’au prix d’efforts extraordinaires mais ceux qui osent m’affronter en tirent gloire et succès : les éléphants d’Hannibal où les combattants du Piémont m’en sont témoins. Fièrement dressée vers le ciel, rude mais généreuse, je garde à partir de mes plus hauts sommets et de mes arrêtes abruptes le sol français.

1940 est une année de deuil pour la France et pour nos armes. Dans cette défaite il est pourtant des victoires éclatantes. Ainsi, sur le front des Alpes, l’ennemi ne passa pas et je veux vous redire, pour que leur souvenir vive à jamais, la bravoure, le sens du sacrifice et l’endurance de nos soldats.

Quand l’Italie déclare la guerre à la France le 10 juin 1940, je sentais que la partie était déjà jouée sur le front du Nord-Est. Toutes mes divisions alpines d’active et de première réserve m’ont quitté dès l’automne 1939 pour rejoindre le gros de l’armée française le long de la ligne Maginot. Il ne reste dans les Alpes que 3 divisions d’infanterie de 2e réserve, 86 sections d’éclaireurs skieurs, 49 bataillons alpins de forteresse et 68 groupes d’artillerie, aux ordres d’un chef énergique - et artilleur - le général OLRY.

Insigne de la 59e promotion de l’E.M.I.A. ARMÉE DES ALPES

Avec ces 85 000 combattants, je vais devoir combattre environ 300 000 soldats italiens. Mes troupes françaises sont excellentes. Les éclaireurs-skieurs, à la résistance physique et aux qualités manœuvrières sans pareille, sont l’élite des troupes alpines. Les réservistes, tous des montagnards endurcis, vont défendre coûte que coûte mes cols et mes vallées, nos fermes et nos villages.

Le 17 juin, de Nice à Chamonix, les Italiens passent à l’offensive.

J’ai vu des combats féroces. Nombreux sont ceux qui mériteraient que je relate leurs exploits mais je préfère laisser la mémoire de deux d’entre eux les évoquer.

Je suis le lieutenant Etienne MIGUET, chef de section de tir au 154e régiment d’artillerie de position. Le 20 juin les Italiens ouvrent le feu sur nos positions. La météo exécrable m’empêche de régler mes tirs. Je dois faire taire cette artillerie italienne du fort de Chaberton, surnommé le « Cuirassé des Nuages » culminant à plus de 3000m d’altitude. Le 21 juin mes canons touchent 3 des 8 tourelles ennemies. En adaptant mes tables de tir, je parviens à neutraliser le fort.

Je suis le sous-lieutenant Charles GROS, chef de section au 96e bataillon alpin de forteresse. Ce même 20 juin, l’ennemi tente de forcer le poste frontière fortifié de Pont Saint-Louis. Nous sommes 9 contre plusieurs centaines d’italiens. 4 jours durant nous subissons les assauts incessants de l’ennemi. A la mitrailleuse et à la grenade, je contiens la 5e division d’infanterie italienne jusqu’à apprendre le 25 juin que l’armistice est signée. Malgré cela, je ferai tenir la position 2 jours encore.

Je suis l’armée des Alpes. Mes soldats sont invaincus et ont infligé à Mussolini une sévère défaite. Plus de 6000 Italiens sont tués, blessés ou prisonniers. Je suis fière de la rage de vaincre et de la ténacité de mes 254 français, morts au combat pour défendre leur Patrie, avec honneur et dévouement.

Rédaction et droits : © École Militaire Interarmes 2020